Jean Jacques Perrut, à la fois homme de lettres et de sciences, démonte la légende du créateur du vaccin contre la rage. Dans son essai Faut-il déboulonner la statue de Pasteur ?, il critique le mythe de l’inventeur forgé par l’Histoire et éclaire ceux, restés dans l’ombre, qui ont participé à l’élaboration du sérum. Le titre provocateur de son œuvre suscite la controverse sur le célèbre cas du scientifique.

Une invention pour plusieurs inventeurs

Pour Perrut, L’Histoire s’attache à présenter chaque innovation comme le fait d’un seul grand homme. Gutenberg inventa l’imprimerie, Bell le téléphone et l’homme, étudié dans l’essai polémique, le vaccin contre la rage et, même, la vaccination tout court. Une découverte révèle du fait de plusieurs personnes dont beaucoup finissent aux oubliettes. L’auteur et biologiste tente de réhabiliter ces hommes de l’ombre. L’avis de l’écrivain rappelle la légende de l’inventeur héroïque. Tel figure le cas, par exemple, de Joseph Jacquard, concepteur du métier à tisser qui porte son nom. Après son décès, on ajoute à sa biographie qu’il fut un mécanicien martyrisé par ses collègues et qu’il échappa de peu à la mort. Ces événements, qui ne se déroulèrent jamais, érigèrent le novateur en héros national.

Le cas de Louis Pasteur

En 1885, l’illustre scientifique conçoit la vaccination contre la rage. Pourtant, avant lui, Jean Jacques Perrut nous indique que Pierre-Victor Galtier développa lui aussi un vaccin aux effets similaires. Ce vétérinaire, dès 1879, travaillait sur la même maladie. Comme il l’a fait pour ses rivaux, le supposé père des vaccins pointe le doigt sur un détail oublié de Galtier et jette le discrédit sur ses travaux. Après le retrait de son concurrent, il se réapproprie ses recherches, et notamment, le fait que l’inoculation d’une souche inactive du virus issu des vaches confère l’immunité à d’autres êtres vivants. D’autre part, le chercheur renommé s’inspire fortement des réalisations d’Edward Jenner, un médecin anglais qui utilisait la vaccine, maladie des bovins, pour immuniser les hommes contre la variole, en 1796. De là vient le mot « vaccin » (du latin scientifique vacca, « vache ») qui s’étend à toute substance inoculée à un individu pour le prévenir d’affections. Antoine Béchamp, biologiste et naturaliste, devient également une source d’inspiration. Ses expériences permirent de déceler les microbes et l’origine des infections. Suite au triomphe du vaccin contre la rage, il signalera l’usurpation de son travail.

Jean-Jacques Perrut remet en cause la mémoire collective

Dans son essai, l’auteur précise qu’il ne dénigre pas le travail et l’apport du savant à la médecine. Le chercheur risqua sa carrière pour imposer la vaccination qui sauva bien des vies par la suite. Cependant, il souhaite que son auditoire tienne compte de tous ceux qui, par leurs recherches, contribuèrent à l’élaboration du vaccin. Ainsi il reconsidère la mémoire collective qui place un unique esprit derrière une invention et remet en question la manière d’écrire l’Histoire. De plus, le titre provocateur s’attaque à un homme resté dans les mémoires pour son génie. Jean-Jacques Perrut avoue qu’il désirait provoquer le lecteur. Le cas du grand chercheur continue de faire débat.